Les Canards Vexés roulent des hanches – Un soir au12

D'entrée, si le dodécaphonisme est pour toi une pervesion sexuelle, si la zappaïsme n'est pas un mouvement de conscientisation de l'audiodiversité et si tu as vomis ton 4h en écoutant du Boulez, que les zazous ce n'est pas du Vian qui souffle dans l'étoile, ben passes ton clic que veux-tu. Et t'as bien fait de pas être dans la cuvette des Canards Vexés qui pataugeaient dans leurs sons Vendredi 4 Mai 2003 dans la fausse sceptique d'Au12 (un bar à cas des pentes de la X Rousse à Lyon). Pour les autres je m'en vas te compter mes impressions (j'en ai plusieurs).

A l'heure où monsieur propre envoie ses jets sur Bagdad cassé, il y a des endroits où la mort aux idées n'est pas de mise. L'Au12 n'est pas qu'un lieu pour picoler des verts en se sentant plus décalés que la moyenne, c'est un endroit pour explorer son non-conformisme intellectuel (pour les autres non-conformismes je vais me tater pour faire un dossier… hum… gentiment je me tate ).Vendredi de la date qui est dans l'intro, je m'ai donc rendu en ce lieu de débauche neuronale comme ça m'arrive occasionnellement (ouf, ca y est j'ai fait mon outing et c'était pas si pire).Au menu des libations, les Canards Vexés. Les cinq palmipèdes font partie de la basse court haut long therme (c'est dire que pour eux ça baigne en eau douce, ils sont en résidence).Le quintet (in) présente tout d'abord un sourire juvénile. Un air de cancre à la Prévert qui joue à balancer son cartable, la fin de semaine débarquante sur un printemps ensoleillé. Il y a un coté potache sympathique et gentiment excentrique dans leur dégaine. Tu vois le genre, pas l'intello dont la putain de coupe désabusée témoigne de son sarcasme à décrier l'égocentrisme du monde (oui oui, tu sais, ce monde qui ne l'aime pas, lui… tite biche). Non, ils oscillent chacun et vascillent entre le "zut j'ai oublié de me raser" et "j'ai piqué mon béret de peintre dans un album du père castor". C'est Zéphyr le conseiller vibrillonaire de Babar qui va faire la gueule. Mais j'ai pas entammé ce papier pour flamber des mots sur leur accoutrement. Faisons le portrait des cinq gugusses dont je tairai le nom et l'image puisque la direction de l'établissement se refuse à balancer ici un communiqué de presse pour faire la promo de sa prog.A première vue le batteur qui squatte l'essentiel de la petite scène, se fait chier. Vous me direz qu'il en fallait pour que le groupe justifie son nom propre. D'abord tu crois qu'il a fait un abus des petites pilules fuca, ensuite tu considères que c'est la timidité légendaire des gars qui se planquent derrière des fûts. Tout faux. En vrai c'est que tu as juste posé les yeux sur lui dans un de ces moments où il était en apnée pour faire vrillé ses membres sur les peaux délicatements tendues (merci petit jésus) et les culs ivres de ses sains balles. Pourquoi tant d'érotisme un tantinet pervers. Car soudain tu le surprends malicieusement caresser du bout des doigts son instrument pour le faire vibrer, puis il le frappe binairement pour ensuite le faire tinter comme un écoulement de clochettes tibétaines. Comme ses petits camarades, il peaufine pour adapter le rythme et surprendre et amuser.Le bassiste fais son discret, au point qu'il ne soumet pas ses compos à des titres. Jouant avec des larsens ténébreux et domptés, il ponctue la colonne cérébrale des morceaux d'une ossature affirmée agrémenté de ligne allant du jazzy au rock pour se détourner vers des rythmes où la ruralité défie l'orientalisme européen avec une o­nce de vodka.Le clavier est un poil sadique avec les sons qu'il guitarise à volo. Pour les aînés de ma génération, il y a un brin de Pierre Henri qui aurait croisé un minimoog avec le vieil hammond de John Lord et les deux prenant en sandwich une boite à musique avec sa ballerine tournicotante (non, ne chercher pas c'est pas une façon d'estimer le nombre de mec dans un gang bang helvétique). Un des principaux compositeurs, il assure les retrouvailles lorsque chacun rajoute son grain de sel dans les espaces open qui se libèrent des contraintes de la structure.Enfin il y a la débauche de saxs. Des gros, des petits. Des bricolés, des essouflés, des étouffés, des ronflants, des midnightbluesants. Ils sont deux à se répondre, à jouer des phrasés comme o­n joue des contrepétries. Ils colorisent l'ensemble de tons fringuant. Balayages exploratoires et décalages kitschs. C'est ravissant et un peu déviant. Taquins et raffinés. Réfléchi et soudain infantile.Il y a de l'amusement dans cette expérience sonore qui ne s'égare pas dans une spiritualité prétentieuse et qui retrouve dans l'humour et les phrasés folkloriques une humilité pleine de tendresse et d'ironie (si si ca peut aller ensemble).Certes o­n pourrait être un brin narquois et dire qu'il y a des moments où il nous manquent l'image et le commentaire saccadé d'un documentaire sur une cité radieuse poussant comme un champignon à la fin des années 60. Le genre introduction de Full Monthy avant la crise: "Dans ce basssin, l'industrie nouvelle s'harmonise avec un habitat collectif où en rentrant chez eux les ouvriers retrouvent toutes les commmodités et les loisirs qui font d'eux les chatelains du prochain millénaire. Il fait bon vivre dans cette ville en mouvement où chaque jour, la croissance part à la conquète du bonheur individuel".Mais vendredi soir il y avait une énergie et une joie de jouer qui transportait la musique moderne des Canards Vexés dans les oreilles et les pieds souriants du public.Harpic n'a qu'à bien se tenir, la faience est rutilante dans tous les coins coins.

Que la farce soit avec vous.