Mener l’enquête dans nos propres coeurs

On se sent bizarre. Comme un vrai deuil. Parfois, j’ai les larmes qui me
montent aux yeux. Comme par exemple quand je vois la petite urne en plexi
qui sert d’ordinaire aux élections professionnelles, posée sur une chaise
au pied des ascenseurs, avec un mot disant "pour vos témoignages de
sympathie aux collègues américains." Je pense qu’il s’agit des gens de
Framatome, car ils ont probablement des collègues américains, mais
peut-être pas. Peut-être, cela concerne toutes les entreprises de la tour.

Il y a des sociétés informatiques, il y a des cabinets de conseil.

Nous,
seuls nos concurrents (féroces et indifférents) sont américains. Mais
aujourd’hui ce sont nos collègues. Le monde est petit. Je ne suis pas
américain. Mais je suis, comme ceux qui sont morts, un support biologique
pour les systèmes…

Pour moi, Bush et Ben Laden sont dans le même sac. Quand je dis "comme ceux
qui sont morts", je pense aussi à ces talentueux pilotes endoctrinés, au
cerveau plus truffé de virus qu’un disque dur bon pour la casse, que l’on
envoie armés d’un couteau prendre un avion et se foutre dans le mur. Des
jeunes gens au regard tendre qui disent "oui, je te tuerais, si mon mollah
me l’ordonnait." Ce sont les champions de la mort, ils ont été selectionnés
pour leur adresse et leur détermination parmi des centaines de maigres
humiliés, et on leur a promis Dieu, le paradis, le salut.

Nous devons faire la guerre sur le terrain de la mémétique. C’est mon
engagement. Cette guerre se fera d’abord à l’intérieur de nous-mêmes, puis
entre nous, et finalement, par contagion progressive, dans les têtes de
tous ceux qui accepteront de dialoguer. Cela ce passera dans les
cafétérias, dans le train, à la radio, sur l’internet.

Ce matin, j’avais envie de chercher s’il y avait des musulmans à mon étage
pour aller parler avec eux, pour me rassurer, pour renforcer l’idée
agréable que l’Islam protège la vie, condamne le meurtre.

Nous devons d’abord mener l’enquête dans nos propres coeurs. Savoir en quoi
nous croyons, pour quoi et comment nous sommes décidés à vivre. Sur
l’établi de notre cerveau, étalons toutes ces certitudes, tous ces codes,
et cassons-les jusqu’à ce qu’on en voie les morceaux. Je ne crois pas qu’il
existe quelque chose comme le Bien et le Mal, tout comme je ne crois pas
qu’aucune loi n’ait jamais été écrite par Dieu. Je ne crois qu’aux
conséquences de nos actes, aux échos de nos paroles et aux enfants de nos
pensées. Comment nos pensées peuvent-elles faire davantage d’enfants ? Il
faudrait davantage d’échanges, d’écoute, de rencontres. Davantage de
contagions. Tu vois ce que je veux dire ? Ce que nous allons vivre bientôt,
ce sera notre premier exercice pratique en tant que contagionnistes, c’est
le moment où nous allons prouver que notre approche partagée (mais
nécessairement "plurielle", comme on dit) peut devenir une arme de guerre
au service de la vie.

Ce texte a été transmis par Contagio

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